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Récidive spéciale : sanctions aggravées

Jean Marot
Rédigé parJean Marot Avocat au barreau de Liège - Huy
Publié le Dernière vérification juridique le 6 min de lecture
Récidive spéciale : sanctions aggravées

Commettre une infraction routière grave après avoir déjà été condamné pour un fait similaire dans les trois ans : c'est la récidive spéciale. En droit belge, elle entraîne des peines plus lourdes, fixées infraction par infraction, et, dans de nombreux cas, une déchéance obligatoire du droit de conduire.

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Qu'est-ce que la récidive spéciale ?

La récidive spéciale n'est pas prévue par un article unique de la loi du 16 mars 1968 relative à la police de la circulation routière : chaque infraction concernée a ses propres règles, notamment l'article 34, § 1er (alcoolémie de 0,22 à 0,35 mg/l), l'article 36 (alcool à partir de 0,35 mg/l, ivresse et drogues), l'article 33, § 3 (délit de fuite) et l'article 48 (conduite malgré une déchéance). L'article 38, § 6 y ajoute une déchéance obligatoire pour une liste d'infractions graves. La récidive s'applique lorsqu'une personne, après avoir été condamnée pour certaines infractions graves, commet une nouvelle infraction visée par la loi dans un délai de trois ans à compter du jugement de condamnation passé en force de chose jugée.

Le terme « spéciale » signifie que la récidive ne joue qu'entre les infractions désignées par la loi (par exemple l'alcool, l'ivresse et les drogues entre elles), contrairement à la récidive générale du Code pénal, qui pourrait viser n'importe quelle infraction.

Quelles infractions sont visées ?

La récidive spéciale s'applique principalement aux infractions les plus dangereuses de la loi sur la circulation routière.

L'alcool et les stupéfiants sont en première ligne : intoxication alcoolique (article 34, § 2), ivresse (article 35), conduite sous l'influence de drogues. La récidive en matière d'alcool au volant est la plus fréquente en pratique.

Les excès de vitesse graves sont également visés : dépassement de plus de 40 km/h en dehors des agglomérations et de plus de 30 km/h en agglomération, aux abords d'écoles et dans les zones 30.

Le délit de fuite (article 33), la conduite sans permis de conduire valable et les infractions du quatrième degré (les plus graves) entrent également dans le champ de la récidive spéciale.

Quelles sont les conséquences ?

Des amendes plus lourdes

En cas de récidive dans les trois ans, les peines prévues par la loi sont alourdies, selon des règles propres à chaque infraction. Elles sont doublées pour l'alcoolémie de 0,22 à 0,35 mg/l (article 34, § 1er) et pour la conduite malgré une déchéance (article 48). Pour une conduite en état d'intoxication alcoolique (à partir de 0,35 mg/l d'air alvéolaire expiré), l'ivresse ou la drogue, l'article 36 remplace l'amende légale de 200-2.000 euros par un emprisonnement d'un mois à deux ans et une amende de 400-5.000 euros, ou l'une de ces peines seulement. Multipliés par 10 (décimes additionnels) pour les faits commis depuis le 1er février 2026, ces montants deviennent 2.000-20.000 euros et 4.000-50.000 euros. Pour les faits commis depuis le 1er septembre 2026, le nouveau Code pénal s'applique : la loi relative à la police de la circulation routière a été adaptée « à droit constant », et les montants effectifs restent en principe ceux applicables depuis le 1er février 2026.

La déchéance obligatoire du droit de conduire

C'est la conséquence la plus redoutée. En cas de récidive pour les infractions visées par la loi, le tribunal doit prononcer une déchéance du droit de conduire. Le juge ne dispose d'aucun pouvoir d'appréciation pour y déroger.

La durée minimale de cette déchéance est de 3 mois. Elle peut aller jusqu'à 5 ans, voire être prononcée à titre définitif dans les cas les plus graves.

Les examens de réintégration obligatoires

En cas de récidive, le tribunal impose systématiquement les quatre examens de réintégration : examen théorique, examen pratique, examen médical et examen psychologique. Le conducteur ne pourra pas récupérer son permis tant que tous ces examens ne seront pas réussis.

L'éthylotest antidémarrage

Pour les récidives en matière d'alcool, le tribunal peut — et dans certains cas doit — imposer l'installation d'un éthylotest antidémarrage pour une durée de 1 à 3 ans, voire à titre définitif.

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Comment se calcule le délai de trois ans ?

Le délai de trois ans se calcule à compter du jugement de condamnation passé en force de chose jugée. Concrètement, cela signifie que le point de départ est la date du jugement (s'il est contradictoire et qu'aucun appel n'est interjeté dans le délai légal) ou la date à laquelle le jugement devient définitif (après épuisement des voies de recours).

Cette précision a été apportée par la loi du 2 décembre 2011, qui a clarifié le calcul du délai en ajoutant les mots « à dater d'un jugement antérieur portant condamnation et passé en force de chose jugée ».

La double récidive : des peines encore plus lourdes

En cas de nouvelle récidive dans les trois ans suivant la deuxième condamnation, les peines d'emprisonnement et les amendes prévues par l'article 36 (alcool, ivresse, drogues) peuvent être doublées. La déchéance obligatoire passe à 6 mois au moins, puis à 9 mois au moins en cas de nouvelle récidive (article 38, § 6). Le tribunal peut alors prononcer des peines très lourdes, incluant une déchéance de longue durée ou définitive.

Comment se défendre ?

Même en situation de récidive, des moyens de défense existent.

La vérification de la régularité de la procédure est le premier réflexe. Un vice de procédure dans le constat de l'infraction (absence de procès-verbal conforme, non-respect des conditions de l'éthylotest, défaut de notification) peut entraîner la nullité des poursuites.

La contestation de la récidive elle-même est également possible. Il faut vérifier que la condamnation antérieure est bien passée en force de chose jugée, que le délai de trois ans n'est pas dépassé et que l'infraction antérieure correspond bien à une infraction visée par la récidive spéciale.

Enfin, les circonstances atténuantes peuvent être plaidées pour réduire les peines, même si la déchéance obligatoire ne peut pas être évitée.

Questions fréquentes

La récidive spéciale s'applique-t-elle si ma première condamnation date de plus de trois ans ? Non. Si plus de trois ans se sont écoulés depuis votre jugement passé en force de chose jugée, la récidive spéciale ne s'applique pas. Vous serez jugé comme primo-délinquant, avec des sanctions moins sévères.

Le juge peut-il éviter la déchéance obligatoire ? Non. En cas de récidive spéciale, la déchéance est obligatoire et le juge doit la prononcer. Il dispose toutefois d'une marge pour en fixer la durée (entre 3 mois et 5 ans) et les modalités (examens de réintégration, éthylotest antidémarrage).

La récidive joue-t-elle entre une infraction d'alcool et un excès de vitesse ? La récidive spéciale vise les infractions de même nature (alcool avec alcool, par exemple). Toutefois, dans certains cas, le cumul d'infractions différentes peut aussi entraîner une déchéance obligatoire si les conditions légales sont réunies : la déchéance d'au moins 3 mois et les quatre examens prévus par l'article 38, § 6, s'appliquent lorsque les deux infractions figurent dans la liste légale (articles 29, 30, 33, 34, 35, 37, 37bis, 48 et 62bis de la loi du 16 mars 1968, et défaut d'assurance prévu par l'article 22 de la loi du 21 novembre 1989), et non pour toute infraction de roulage. L'analyse au cas par cas est indispensable.

Puis-je faire appel du jugement ? Oui. L'appel est possible devant le tribunal correctionnel dans un délai de 30 jours à compter de la prononciation du jugement (ou de sa signification en cas de jugement par défaut).

En résumé

La récidive spéciale en circulation routière entraîne des peines plus lourdes, une déchéance obligatoire du droit de conduire et des examens de réintégration systématiques. Le délai de référence est de trois ans à compter de la condamnation précédente. Même en situation de récidive, un avocat spécialisé peut identifier des moyens de défense et limiter les conséquences.

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